Io resto in contatto - Topologie d'un échec
     
Io resto in contatto - Topologie d'un échec
Durant le confinement, j’ai été sollicité pour contribuer à une archive collective, gérée par le Festival Pe(n)sa Differente, en Italie.
La proposition était de réfléchir à la phrase « Io resto in contatto » en ces temps de crise sanitaire.

La phrase « je reste en contact » m’évoque le rapport à nous-même.
De quel nature est-il en ces temps de crise ? S’en trouve-t-il modifié ?
Encore faudrait-il définir et comprendre ce que « nous-même » veut dire et signifie. J’entends par là, le « nous-même » qui se
définit par nos habitudes, nos façons de faire, les trajets quotidiens que l’on emprunte chaque jour, le travail que l’on fait, les
relations sociales, les loisirs que l’on pratique, nos aspirations et bien d’autres choses.

Le confinement a modifié ces rapports là et la crise sanitaire continue donc de modifier ce que nous sommes, momentanément.
Comment donc se définir au temps du Covid-19 ? Comment rester en contact avec nous-mêmes, quand une partie de ce qui
faisait ce que nous étions est brutalement suspendue ?
L’après-confinement engendre des modifications économiques et sociales qui auront comme impact d’abord la précarisation
de beaucoup de personnes mais surtout la perspective d’un avenir encore plus incertain qu’il ne l’était déjà.
Les rêves sont nécessairement modifiés en temps de crise.
Et lorsque l’avenir se brouille et n’offre plus de champ de possibles suffisants, les aspirations et les rêves changent et dans le
pire des cas s’estompent complètement. Lorsque je sens en moi-même la réduction ou l’effacement d’une part de ma propre
personne lié à des contingences externes cela provoque un sentiment de perdition dans un premier temps et la sensation
injuste de ne plus pouvoir croire en la possibilité d’accoucher de soi-même.
Impuissance face à avenir qui semble scabreux.

Ma réponse à cette confusion passe donc par la photographie et l’autoportrait – exercice quasi ontologique de ce médium –
qui se voudrait « scrutation de notre âme ».
C’est une tentative de rester en contact avec moi-même qui sera, évidemment, le lieu de mon propre échec.
La photographie étant muette, impuissante à expliquer quoique ce soit, lieu de séparation et de distance inévitable,
l’autoportrait ne dit rien.
Comme l’a dit si bien dit Philippe Dubois « l’autoportrait ou l’impossible identité, le nécessaire ratage de soi ».
Néanmoins, de cet échec je retiendrai la part pragmatique, essentielle qui me tient durant cette période de crise :
continuer à pratiquer la photographie, la comprendre, l’explorer.

 

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